À l’entrée de la ville, un large panneau émaillé joliment désuet annonce : « Les eaux les plus chaudes d’Europe ». Les voitures ne s’entassent pourtant pas à l’entrée de cette commune de 850 habitants. Nous sommes loin des arrivages massifs de touristes que peuvent connaître certaines villes thermales voisines. Tout ici semble sortir d’un roman au décor rétro, d’une époque touristique presque révolue qui a peu à peu endormi la vie dans cette vallée. Et pourtant, Chaudes-Aigues interpelle, justement parce qu’elle semble différente, par son cadre fabuleux et par l’unicité de ses eaux ardentes.
Apprivoiser le village
Il est toujours agréable d’apprivoiser un nouveau lieu en s’en approchant peu à peu, en appréciant d’abord ses environs tranquilles avant de se rapprocher, curieux, au creux de ses ruelles. Nous grimpons alors sur les hauteurs du village, contemplant la vallée du Remontalou. La situation géographique de Chaudes-Aigues est particulière : rigoureusement enclavée, installée à 750 mètres d’altitude, enserrée par la Truyère au nord et les territoires arides du parc naturel régional de l’Aubrac, la ville a dû apprendre à vivre par elle-même depuis l’Antiquité.
Une ville façonnée par l’eau
Tandis que les coteaux alentours étaient autrefois pâturés par des centaines de brebis, les forêts ayant aujourd’hui largement repris leur place, le village bénéficiait d’un privilège rare : fonctionner en quasi-autonomie grâce à l’omniprésence de l’eau, et plus particulièrement des sources chaudes. Pas moins de 32 sources d’eau chaude jaillissent à Chaudes-Aigues. Fontaines, lavoirs, ruisseaux, volutes de vapeur au cœur du centre ancien, l’eau est partout.
Une prouesse médiévale
L’homme a très tôt su tirer parti de ce trésor naturel aux propriétés thérapeutiques. Déjà sous l’Empire romain, Chaudes-Aigues était une ville thermale. Mais c’est en 1332 qu’elle entre dans l’histoire en devenant la première ville au monde à mettre en place un système de chauffage par géothermie. Un parchemin de l’époque mentionne : « Pour l’eau chaude prise dans la rue, entre la maison d’Andrieu Brugier et celle de R. Mercier, et pour la conduite, doit cinq sous. »
L’eau chaude circulait naturellement sous les maisons et réchauffait les sous-sols, un système dont seules quelques habitations bénéficient encore aujourd’hui.
La source du Par, cœur brûlant
Dans un décor délicieusement désuet, les sources chaudes continuent de façonner la ville. Le lavoir public, unique en France par sa température de 60 °C, servait à tous les habitants. Les moulins à foulons permettaient de dégraisser la laine, tandis que les sources les plus chaudes servaient à cuire les œufs ou à parer les cochons. C’est de cette pratique que la plus célèbre source de Chaudes-Aigues tient son nom : la source du Par, dont l’eau jaillit à 82 °C avec une température et un débit constants depuis des siècles.
Un microclimat au cœur du village
Dans le quartier historique du Par, où se situe aujourd’hui le musée Geothermia, un microclimat règne. La chaleur émanant de la source permet à une végétation abondante de se développer sur les façades. Été comme hiver, des volutes de vapeur s’élèvent de la fontaine et de la conduite d’eau chaude traversant la place, donnant au lieu une atmosphère presque cinématographique.
Des profondeurs de la terre
Pour comprendre l’origine de cette eau brûlante, il faut remonter sur le plateau de la Margeride qui surplombe Chaudes-Aigues. L’eau s’infiltre dans les failles, descend à plus de cinq kilomètres de profondeur, se réchauffe d’environ trente degrés par kilomètre grâce à la radioactivité naturelle des roches, puis remonte par des fractures verticales, chargée de gaz carbonique et de minéraux. Cette eau minérale, riche notamment en carbonate de calcium, silice, fer et bicarbonate de soude, est une véritable infusion de granite, reconnue pour ses vertus thérapeutiques.
Mémoire et usages
Au détour d’une rue, la façade remarquable du café Costerosse attire le regard. Datant de 1860 et restauré il y a une quinzaine d’années, ce café historique est aujourd’hui ouvert lors des Journées du Patrimoine. Jean-Claude Puechmaille, revenu au pays après une carrière de restaurateur à Paris, perpétue ici la mémoire de ces lieux de vie essentiels que furent les cafés.
Une richesse encore vivante
Aujourd’hui encore, même si la géothermie représente une part modeste de la production de chaleur en France, Chaudes-Aigues a su utiliser intelligemment cette richesse. Le centre thermal Caleden, l’église et la piscine municipale sont chauffés par géothermie, et le village continue d’attirer ceux qui savent percevoir la singularité de ce territoire façonné par l’eau et le temps.
La source du Par marque souvent la fin d’une déambulation dans le cœur historique de Chaudes-Aigues. Après la vapeur, la pierre chaude et le silence des ruelles, vient naturellement l’envie de prolonger l’expérience. À deux pas de là, ceux qui se demandent où manger à Chaudes-Aigues trouvent une table où la chaleur continue simplement de se partager.
Texte : Julia Lafaille – paru dans un magazine spécialisé. Reproduction avec autorisation.

